Connaissez-vous bien notre territoire ?

Agglomeration

Qu’il prenne les teintes de la brique et/ou de la pierre ou qu’il se pare de toutes les nuances du vert et du bleu, le territoire de l’agglomération de Béthune-Bruay, Artois Lys Romane est d’une très grande richesse patrimoniale. Il recèle même des pépites.

Le tour d’horizon ci-dessous n’a pas la prétention d’être exhaustif – toutes les pages du magazine n’y suffiraient sans doute pas (et nul n’est à l’abri d’un oubli). À chacun d’entre nous d’ajouter aux étapes décrites ses propres découvertes. Il suffit de savoir lever les yeux vers le ciel ou, au contraire, de les laisser raser le sol…

Quatre mille ans, c’est, à quelques décennies près, l’âge attesté du territoire qui est le nôtre.

Il y a environ 40 siècles, de premiers habitants érigent en effet ce qui deviendra le dolmen de Fresnicourt. Préservé (il n’aurait pas été utilisé parce que frappé par la foudre), il est le seul vestige d’un champ mégalithique beaucoup plus important, un petit Stonehenge à sa façon, disparu au xixe siècle.

Autres traces de l’âge de bronze, celles d’un habitat mis au jour cet été par les archéologues communautaires sur l’extension de la Porte Nord. Une découverte importante parce qu’elle atteste (avec d’autres, sur la zone de Ruitz par exemple) d’une occupation humaine beaucoup plus ancienne - c’est un bond de 1 500 ans en arrière - du site de ce que l’on appelle le « village de potiers » de Labuissière, un ensemble (industriel, osons cet adjectif) de fours à céramique unique au nord de l’empire romain d’alors.

La transition entre la période gallo-romaine et le Moyen Âge nous est assurée par la chaussée Brunehaut (RD 341), bien connue, et le chemin du Pire, qui l’est moins. Avant d’être romaines, ces voies de communication étaient gauloises (belges, et peut-être même celtes auparavant). Elles reliaient deux pagi (pays) et leurs capitales, l’Atrébatie (d’où viennent Artois et Arras) et la Morinie, pays des Morins dont la capitale était Thérouanne. Mieux, ces mêmes voies - pas vraiment impénétrables - allaient de Canterbury à Rome : c’est la Via Francigena, un chemin de 1 800 km emprunté aujourd’hui encore par les pèlerins. C’est sur cette voie, en 696, que sont assassinés les saints Lugle et Luglien, deux princes irlandais devenus depuis patrons de Ferfay et de Lillers (si vous ne connaissez pas leur histoire, rendez-vous en juin lors du spectacle son et lumière).

Dans ce même secteur se trouvent de véritables joyaux de l’art roman : la collégiale Saint-Omer de Lillers (XIIe siècle mais premières fondations au XIe) et l’église Saint- Nicolas de Guarbecque (XIIe). Uniques, l’une et l’autre se doivent d’être découvertes absolument. Avec d’autres non loin : l’église d’Ames (étonnante, XIIe, romane donc), celle d’Amettes, d’un tout autre style (XVIe) mais qui est le siège, avec la maison natale de saint Benoît Labre, d’un pèlerinage important. De même, l’abbatiale de Ham-en-Artois et les vestiges de l’abbaye valent le déplacement.

Autre lieu de pèlerinage, la chapelle Sainte- Isbergue (sans « s »), à Isbergues bien sûr, et surtout sa fontaine, aux vertus miraculeuses, dit-on depuis des siècles. L’imposante église qui lui est consacrée (XVe et XVIe) est de style gothique flamboyant. Quant à sa voisine de Molinghem, Saint-Maurice, elle renferme la plus ancienne cloche du département (1 439). Un saut de quelques lieues et de quelques siècles s’impose pour aborder la période médiévale la plus connue (dans l’imagerie populaire), celle de la féodalité. Le saviezvous, le plus bel exemple de château-fort de plaine au nord de Paris se trouve à Fresnicourt-le-Dolmen, dans son hameau d’Olhain très précisément. Bâti entre les xiiie et xve siècles, il est depuis resté dans ses plans d’origine.

Le château de Labuissière, dû à l’intrigante comtesse Mahaut d’Artois, n’a pas eu cette chance. Imposant autrefois (il est construit à partir de 1 310), il n’en reste, aujourd’hui, que le donjon à la fière allure (plus encore au soir du 13 juillet). De Mahaut (et de son bras droit, Thierry d’Hirson), il subsiste bien d’autres traces dans le coin. Dont – cas unique au monde – les deux chartreuses de Gosnay : celle des Hommes, le val Saint- Esprit, élevée à partir de 1 320 et aujourd’hui luxueux complexe hôtelier et de restauration (avec de superbes jardins à la française), et celle des Dames, le mont Sainte-Marie, érigée à partir de 1329, modifiée au XVIIIe et XXe siècles et, depuis 2003, placée sous la protection de la Communauté d’agglomération. Il en est de même de l’église Saint- Léger. Reconstruite en 1 745, elle assurait la liaison entre les deux chartreuses. Elle abrite l’unité d’art sacré, un ensemble d’oeuvres contemporaines signées René Ducourant, et d’autres, classiques classées ou inscrites aux Monuments historiques.

Classé depuis 2005 (avec d’autres des Hauts-de-France et de Belgique) au patrimoine mondial de l’UNESCO, le beffroi de Béthune n’a que très peu évolué depuis sa construction, en 1 346 et 1 388. Même constat pour la très agréable rue de la Délivrance, tracée à partir de 1 510 et où se trouvent les plus anciennes demeures de la ville. On découvre, non loin, des vestiges des remparts (renforcés sous l’empereur Charles- Quint puis par Vauban), entre autres beautés béthunoises…

Dans le même esprit, il convient d’arpenter le centre de Lillers. Outre la collégiale, chacun peut y admirer la maison de l’Argentier( 1 631) et la chapelle de la Miséricorde (XVIIIe), des façades flamandes ainsi, aux alentours, que nombre de manoirs.

Plus modeste en taille qu’Olhain mais tout aussi intéressant est le château de Créminil, à Estrée-Blanche. Bâti en 1443, son architecture guerrière a été adoucie au XVIIe siècle. On le devine au fond d’une superbe allée de tilleuls qui mène aussi dans un jardin médiéval reconstitué il y a peu. Un saut de puce dans le village voisin, Liettres, permet de découvrir un autre château (XVe) dont les tours énormes dominent un parc où se jouaient des tournois de… criquet (lire par ailleurs).

Il convient, à ce stade, de revenir un peu sur ses pas pour plonger dans l’ère contemporaine. Au tournant des XIXe et XXe siècles, les puits de mine fleurissent un peu partout. Y compris, eh oui, du côté d’Auchy-au-Bois, de Ligny-lez-Aire et d’Estrée-Blanche. L’abord de ce village (en venant d’Auchel) est saisissant. On découvre d’abord deux terrils tassés par les ans, puis une cité minière accrochée à flanc de coteau : l’exacte image de ce que devaient être bien des villages du Pas-de-Calais à l’orée de l’épopée charbonnière. Une épopée dont les traces sont largement protégées depuis l’inscription du bassin minier au patrimoine mondial, en 2012.

Parmi les éléments les plus notables de ce patrimoine se trouve la cité des Électriciens, à Bruay-La-Buissière. Après des années de travaux de réhabilitation portés par la Communauté d’agglomération, celle-ci, pimpante, rouvrira ses portes à l’automne prochain.

L’année 2017, celle des 5 ans du classement au patrimoine mondial, s’annonce ainsi riche en événements. Et il ne fait pas de doute que les visiteurs seront, comme toujours, nombreux là mais aussi au pied (voire en haut) des terrils du 6 à Haillicourt, Ruitz et Maisnil, ou du 2, où pousse la vigne, du 5 d’Auchel, sur celui du bois de Saint-Pierre (Auchel-Ferfay, étonnant tumulus semblant absorbé par une végétation quasi inextricable), au pied aussi du Vieux II de Marles-les-Mines (l’effondrement du chevalet, en 1866, aurait inspiré Zola pour son Germinal) ou dans les musées consacrés d’Auchel, Bruay-La-Buissière, Noeux-les-Mines

2017 sera également marquée par la mémoire de la Grande Guerre. Notamment lors de la commémoration, en avril, du centenaire de la prise de la crête de Vimy. Quel rapport avec le territoire ? Il convient de savoir que cette page importante de l’Histoire, de l’histoire du Canada, s’est d’abord écrite au château de Ranchicourt, où se trouvait l’état-major canadien et par où ont transité les troupes. Une exposition le rappellera (avec une autre, à Bruay-La-Buissière).

Ce centenaire est, aussi, l’occasion de se souvenir que le territoire fut traversé par la ligne de front, d’où le nombre de cimetières et mémoriaux : Vermelles, Haisnes (où reposent et notamment John Kipling, fils de Rudyard, auteur du Livre de la Jungle, mais aussi le grand-père d’un membre des Beatles, George Harrisson), Richebourg – Neuve-Chapelle (seul mémorial indien en France et, à côté, le cimetière national portugais), La Couture (monument national portugais et mémorial du Touret), mais aussi Festubert, Cambrin (où, rareté, le monument aux morts de la Grande Guerre est la réplique miniature de la très célèbre Statue de la Liberté de Bartholdi), Saint- Venant (plusieurs forces alliées y étaient hébergées, notamment à la poudrière édifiée par Vauban, aujourd’hui superbe endroit pour visiteurs et artistes), ou encore Estrée- Cauchy, Barlin, Lapugnoy, Auchel (où, autre rareté, le monument aux morts est d’inspiration pacifiste)…

L’immédiat après-guerre est celui de la reconstruction. C’est alors que la Grand’Place de Béthune et ses alentours, dont l’église Saint-Vaast, se dessinent le visage qu’on leur connaît aujourd’hui. À la différence d’Arras, le choix architectural est celui de l’éclectisme, mêlant – et de quelle manière ! – les éléments régionalistes, flamands et Art déco – l’hôtel de ville en étant l’exemple le plus éminent.

L’Art déco est aussi très présent dans les communes alentour. Notamment à Bruay- La-Buissière qui regroupe plusieurs pépites architecturales en une : le stade-parc Roger- Salengro récemment rénové. On y découvre tour à tour des arbres parfois uniques, un kiosque à musique, le stade d’athlétisme (un équipement communautaire) et la piscine d’été, le dernier bassin découvert Art déco encore ouvert au public en France !

 

La plupart des monuments et sites décrits dans ces pages peuvent être vus à longueur d’année, et visités au moins à l’occasion des Journées du patrimoine. Renseignez-vous à l’office de tourisme, à Béthune ou à Lillers.